Fanny Lalande - Mad, Jo & Ciao

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Il existe des titres de romans qui intriguent. Des formules sur lesquelles votre œil se focalise directement, en ignorant délibérément tous les autres ouvrages présents sur l’étagère ou disposés sur la page web. Pourquoi un tel phénomène, alors que vous ne connaissez même pas la teneur et le contenu du texte qui a attiré votre attention ? Mystère. Mais c’est peut-être cette impulsion qui donne tout son sel à l’acte de découvrir un livre.


Ainsi, en choisissant spontanément Mad, Jo & Ciao, nous avons réappris à sélectionner de la littérature en toute indépendance. À nous lancer aveuglément sur l’autoroute de l’intrigue sans les garde-fous des médias ou les nids de poule que peuvent représenter les avis de l’entourage

Et justement, il est question dans ce roman de voies à haute vitesse, de bitume ainsi que d’explorer un univers bien à la fois bien particulier et extrêmement codifié : celui des transporteurs routiers. Un environnement qui nous sera révélé à travers les yeux d’un taulier de la profession, au caractère misanthrope mais à la fiabilité légendaire : Mad. Ce dernier serait donc prétexte à nous dresser un panorama complet du milieu, au gré du paysage défilant autour de sa cabine de bord et des CD qu’il fait jouer pour passer le temps

Sauf que Mad s’est battu hier : il a envoyé deux hommes au tapis pour sauver Jo, une prostituée exerçant dans une camionnette, ainsi qu’un vieux ayant voulu jouer les chevaliers blancs et désormais aux portes de la mort, Ciao. Entouré de ce petit monde et des moutons qu’il transportait, il a quitté son boulot et fonce désormais vers la Normandie afin d’exaucer l’ultime vœu du vieillard près de passer l’arme à gauche dans son camion : voir la mer.

L’intrigue prend alors des allures de road trip où les kilomètres s’accumulent autant que les informations qui nous sont données sur ce trio improbable : on découvre leur intimité, leur passé, leurs failles… Et de bornes en bornes, on finit imperceptiblement par s’attacher à eux, de même qu’à tout ce monde qu’ils rencontrent sur les aires de repos ou les stations-services : le pompiste-fermier, le camionneur roumain, l’ancien infirmier allemand… Autant de croisements brefs mais vitaux et qui nous rappellent que l’humanité a quelques belles facettes qu’il serait dommage d’occulter… De petites touches de félicité que Jo n’hésite pas d’ailleurs à rétribuer en nature, comme si elle voulait rendre à ces protagonistes un peu du bonheur qu’ils avaient réussi donner à nous, lecteur

C’est qu’un optimisme incorruptible baigne dans la cabine tout au long des trois journées de périple, un enthousiasme contagieux qui fait du bien dans un monde où on a tendance à mettre en exergue le négatif alors qu’il faut si peu de choses parfois pour se délecter de son contraire. Et même si la santé de Ciao se dégrade, même si Jo cache quelque chose, même si Mad est rattrapé par ses démons et une compagnie désireuse de se venger, la voix de celui-ci, ce patois routier dans lequel il nous raconte cette expérience, nous fait espérer que tous arrivent à bon port.

Utopie. Le vieil homme ne verra pas la mer. Jo deviendra folle et finira sa vie en traversant un pare-brise. Quant au narrateur, il tombera sous les balles des policiers alors qu’il souhaitait juste vérifier si ses moutons allaient bien. Le lecteur déchante. On déchante. Jamais le « dur retour à la réalité » n’aura autant eu de sens. Et c’est peut-être finalement cette gifle, ce basculement inattendu de multiples possibles à une simple mais terrible impossibilité qui a fait que ce roman a marqué nos esprits. À l’instar du style volontairement naïf et bourru de l’auteur qui donne corps à ce personnage haut en couleurs qu’est Mad. Ou comme cette idée bien exploitée d’intituler chaque chapitre d’après le nom d’une chanson résonnant dans l’habitacle du camion. Car loin d’être un gadget littéraire, ce procédé apporte réellement une dimension supplémentaire au texte, pour peu que l’on prenne la peine d’écouter les mélodies alors que les pages défilent.

Cette chronique est celle d’un explorateur qui a laissé les froids oripeaux de l’analyse pour laisser transparaitre son émotion. Et qui espère à travers celle-ci pouvoir donner un aperçu du bonheur que cette histoire simple et inattendue a su lui procurer.

Le Bar à Gilles

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Derrière cette dénomination faisant écho à son emplacement – le parvis de Saint-Gilles– se cache ni plus ni moins qu’un bar à vins ! La présence de ce type d’établissement peut surprendre dans notre plat Pays habituellement dévolu au sacro-saint houblon, d’autant plus que le concept a traditionnellement la réputation d’être un endroit d’initiés, à mille lieues de nos bonnes vieilles et populaires tavernes.

Pourtant, de prétention, il n’en est nullement question ici : le décor du bar à Gilles est à la fois classe et simple mais surtout entièrement dédié à l’univers vinicole, comme en témoignent les ballons disposés sur les tables ou l’imposante cave électrique dont l’existence ne pourra qu’attiser votre désir d’entendre le doux son du nectar de raisin emplir votre verre. Encore faut-il savoir quel cru déboucher ! 

C’est que le choix proposé est forcément très vaste : classés par origine, les vins blancs, rouges ou rosés se présentent aux yeux des consommateurs sous leur appellation d’origine et sont dégustables au verre ou à la bouteille. Si les connaisseurs apprécieront, les néophytes ou amateurs pourront se sentir perdus face à ces nombreuses possibilités. Heureusement, le personnel (dont le patron lui-même !), non content d’être aux petits soins avec ses clients (parfois même un peu trop diront certains), se révèle aussi très compétent en matière d’ œnologie et se fera un plaisir de vous proposer et de vous laisser goûter le vin le plus adéquat à vos exigences ou au repas que vous allez prendre

Car on dîne également au bar à Gilles ! Et si le menu n’est pas des plus vastes(après tout, ce n’est pas un restaurant stricto sensu !), le contenu est néanmoins suffisamment diversifié pour se laisser tenter : entre les tapas, viandes, poissons, salades et autres plateaux de fromage, l’endroit est suffisamment armé pour calmer les petites faims ainsi que les grands appétits. Pour notre part, nous conseillons leburger Jack O’Shea dont les oignons caramélisés, la cuisson à point ainsi que les pommes de terre frites nous ont fait fondre !

Au final, le bar à Gilles s’impose comme un bar à vins assumant parfaitement son rôle, sans pour autant négliger son aspect alimentaire. Doté de serveurs attentionnés et d’un emplacement très accessible, il constitue une alternative agréablepour qui désire boire un verre, prendre un apéritif ou simplement passer un moment convivial autour d’un bon plat, le tout pour un prix relativement modeste (aux alentours de20€ en moyenne pour un plat et un verre de vin). Pensez toutefois à réserver, le nombre de places étant assez limité

Plus d'infos sur le site du Bar à Gilles, situé au Parvis Saint Gilles 28 à 1060 Saint-Gilles.

Les Éditions Méhari

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Si l’acte d’écriture semble à la portée du plus grand nombre, en revanche, voir son texte publier peut parfois relever du parcours du combattant ou des illusions perdues : il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus. Cependant, si l’œuvre d’un auteur se voyait refusée ou perdue dans les méandres des nombreuses sollicitations adressées aux maisons d’édition, celui-ci pouvait néanmoins espérer  voir le  fruit de son travail émerger  soit par le biais de la publication à compte d’auteur, soit en prenant en charge par lui-même l’ensemble de la chaîne du livre en privilégiant l’auto-édition. Deux solutions  coûteuses et pas à la portée des bourses de tous, en regard d’une première alternative aux résultats aléatoires et d’une seconde impliquant une surcharge de labeur et jouissant traditionnellement d’une mauvaise réputation.

L’arrivée d’Internet et du numérique a marqué un véritable bouleversement dans le monde d’édition. Publier et faire connaitre son œuvre sous format électronique n’a jamais été aussi accessible, même si là aussi l’abondance peut nuire à la visibilité, bien que désormais chacun possède une chance de se faire remarquer. 

Le problème monétaire a également vu ses paradigmes changer avec l’apparition de nouveaux modèles économiques comme celui du crowdfunding qui a obtenu ses lettres de noblesse dans l’univers de la musique à travers des sites tels que MyMajorCompany ou Pledgemusic. Le concept est simple : faire financer un projet avec l’aide des internautes. Ceux-ci offrent une somme de leur choix et reçoivent en échange le résultat du travail (un CD par exemple)  ou des récompenses plus conséquentes en fonction de leur apport.

C’est sur ce principe que sont fondées les Éditions Méhari, avec quelques variantes toutefois. Tout d’abord, la maison sélectionne et propose à ses visiteurs des romans à soutenir financièrement. Ensuite, pour les aider à faire leur choix, des informations sur l’auteur, le pitch,  des données techniques et financières sont délivrées, ainsi que la potentielle rentabilité que les généreux mécènes pourraient en retirer. Car la particularité du système mis en place, c’est que le donateur non content de participer (et ainsi recevoir une copie physique dédicacée de l’ouvrage si la publication est validée), peut également espérer un retour sur investissement ! Ce dernier est calculé fonction des ventes effectuées au sein du réseau de librairies tissés par les créateurs ou lors d’événements littéraires tels que les Salons et les foires.   

À l’heure actuelle, quelques 8 projets attendent  la bonne volonté de « Méharistes » pour être concrétisés et ce, pour une mise de départ d’à peine 10€.

Qu’attendez-vous pour vous lancer ? L’aventure commence à cette adresse : http://editions-mehari.viabloga.com/

Thomas Passe-Mondes - T2: Hyksos

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Parfois, il arrive que le hasard nous pousse à ne plus remettre à demain nos envies d’aujourd’hui : c’est pourquoi lorsque celui-ci nous a mis nez à nez avec le deuxième tome papier de Thomas Passe-Mondes à la Bibliothèque des Riches-Claires, nous avons saisi à pleines mains cette invitation à replonger dans le monde d’Anaclasis.

Nous gardions en effet un souvenir assez enthousiaste de notre premier contact avec cet univers, en dehors du fait que sa découverte soit liée à notre première expérience de lecture en numérique. Car, Dardéa, malgré quelques défauts de jeunesse, s’était révélé plein de promesses : il nous tardait ainsi de vérifier si l’auteur (Éric Tasset) parviendrait à les concrétiser, maintenant que la nouveauté ne jouait plus en sa faveur.
Le pari semble réussi dès les premières pages qui nous esquissent les lubies du milliardaire Pierre Andrémi devant une journaliste et un caméraman ébahis. Le lecteur, qui s’attendait à retrouver des visages familiers, est confronté à un personnage mystérieux et dont les motivations suscitent la curiosité : l’accroche est parfaite et on ne peut qu’éprouver l’envie de poursuivre. D’autant qu’on retrouvera petit à petit au fil de ce second récit les ingrédients qui nous avaient fait aimer le premier : des détails contemporains, un constant va-et-vient entre réalité et imaginaire, une inventivité foisonnante ainsi que de nombreuses références, pour la plupart littéraires.

Ces dernières semblent d’ailleurs nettement mieux digérées que dans le précédent tome où l’intrigue avait peiné à se détacher de l’ombre d’Harry Potter. Moins transparentes, ces influences ne disparaissent pas tout à fait du texte : le personnage de Duinhaïn ainsi que son royaume d’Elwander ressemblent comme deux gouttes d’eau à Legolas et les terres de La Lorien du Seigneur des Anneaux. Éric Tasset est toutefois loin de rejeter ces filiations : il s’en amuse même et s’ingénie à les dévoiler à son public avec une sorte d’autodérision qui les rendent immédiatement plus appréciables.

Car ces ancrages ne doivent pas occulter la puissance des éléments fantastiques mis en scène dans Hyksos. Ce tome marque en effet le début de la recherche des noms d’Incrées par Thomas et ses amis. Une quête qui implique l’exploration de territoires plus vastes, au détriment de l’Animaville de Dardéa dont il ne sera que très peu question dans le texte. Un mal pour un bien puisque entre les Cors’airs de Coquillane, l’Architemple et le désert du Neck, les atmosphères particulières pullulent et contribuent à donner davantage de profondeur et de singularité au monde d’Anaclasis.

Ces pérégrinations seront aussi l’occasion de faire la connaissance d’une multitude de nouveaux protagonistes, certains éphémères, d’autres amenés à occuper un rôle plus capital : c’est le cas des terribles Effaceurs d’Ombre qui parasitent la vibration fossile, de l’étrange Pierre Andrémi ou de l’aéronaute Jan Bonnfamille. L’équipé de Thomas Passelande, que l’on retrouve avec plaisir, n’est pas en reste puisqu’outre Duinhaïn, elle accueille deux nouveaux membres : Palléas de Ruchéa  et Pierric qui se découvre des talents de prédicteur en contemplant les nuages.

Enfin, la trame, mélangeant habilement thèmes épiques et préoccupations adolescentes, est toujours soutenue par cette narration brève et efficace qui n’autorise aucun temps mort au sein du récit. Celle-ci prend d’ailleurs une dimension supplémentaire à travers les rêves de Pierric qui permettent à l’auteur de raconter par bribes le déroulement du Grand Fléau tel qu’il a été vécu par les passe-mondes Ki et le héros Léo Artéan. Une plongée dans le passé originale qui évite intelligemment les monologues historiques propres au genre fantastique et confère au livre un suspense véritable dont il manque parfois du fait de la rapidité de ses péripéties.

 Toutes ces caractéristiques font de ce deuxième opus de la série Thomas Passe-Mondes un ouvrage beaucoup plus mature que le premier et de surcroit plus agréable : toutes les petites anicroches de Dardéa ont été solutionnées avec brio et de nombreuses nouveautés font leur apparition pour le plus grand bonheur des lecteurs. Si bien que sur papier ou en numérique, on a hâte de connaitre la suite…

Retrouvez également Thomas Passe-Mondes sur Facebook !

Novecento Pianiste (Riches Claires, 7/02/13)

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Du 1/02 au 16/02 au Centre culturel des Riches-Claires

Avec et par : : Emmanuel de Candido & Pierre Solot. 


Il est des personnes qui se consacrent à la maitrise d’un (ou plusieurs) instruments de musique : ce dernier devient dès lors une partie intégrante de leur existence. Et puis il y a ceux dont la vie tout entière n’est que mélodie, une mélopée s’incarnant dans un médium permettant de donner sens au temps qui passe. Comme par exemple, un piano de 88 touches, accompagné de cet immense terrain qu’est l’océan et le rythme chaloupé d’un navire partagé entre l’Europe et l’Amérique. 

Une illustration qui résume bien la destinée de Dany Boodman T.D. Lemon Novecento dont le commencement se trouve ancré au sein de son nom même : deux premiers termes en hommage au marin qui l’ayant découvert un jour d’escale à Boston et pris sous son aile en envoyant « au cul » toutes les convenances ou les contraintes, des initiales pour garantir une classe que seuls les grands de ce monde pouvaient se permettre ; Lemon pour rappeler le berceau de l’enfant (une boîte en carton peinte de citrons bleus) ; Novecento enfin, trait de génie annonçant les espoirs d’un siècle naissant

Derrière ce dernier patronyme se cache un récit où notes endiablées, duel, tempête, ragtime et vitres brisées se mélangent sur fond de traversées transatlantiquesLe titre du roman d’Alessandro Baricco également. Mais surtout un protagoniste dont la voix se résume à un martèlement de touches blanches et noires en symbiose avec les remous des flots marins. Un phénomène qui ne descendra jamais du bateau Virginian où il a élu domicile, contrairement à son meilleur ami de narrateur, trompettiste de son état, qui, entre deux verres de whisky, nous livre son histoire. 

Et Emmanuel de Candido, discrètement arrivé sur scène, de s’animer et parler. Silence total et admiration. 

Tantôt tendre, tantôt virevoltant, celui-ci restitue à merveille les différentes attitudes, caractères et accents des personnages qu’il incarne : cela va de l’américain éraillé du père de Novecento, au bégaiement timide du machiniste en passant par le ton lourd d’autorité de Jelly Roll Morton, l’autoproclamé inventeur du jazz. On mettra aussi en évidence sa volonté de faire participer le public des Riches-Claires à la pièce que ce soit par le biais d’apartés humoristiques en ou endossant son rôle d’animateur grâce auquel il dialogue en anglais, français, italien et néerlandais lors de la présentation de l’Atlantic Band. Cette prestation charismatique est rehaussée par les talents de l’acteur en matière de gestuelle, principalement requise dans la suggestion : agitation des vagues, description de paysages à perte de vue, descente d’escaliers difficile, autant de situations où le mouvement pallie l’absence et où est rendu crédible et concret ce qui n’apparait pas aux yeux des spectateurs. 

C’est que la scénographie parait au premier abord un peu désuète et vide : un piano, une lampe qui se balance au rythme des coups et des vagues ainsi que quelques malles entreposées pêle-mêle. Abondance de biens aurait ici nuit à la visée d’évocation mentionnée plus haut. D’autant plus que cette dernière est parfaitement servie par un jeu de lumière, dont les variations arrivent à susciter les atmosphères exigées par trame voire même à se parer d’une dimension symbolique : la disparition progressive des lueurs au fil lors du monologue final de Novecento constitue sans aucun doute le moment le plus marquant de la représentation

Une apothéose où disparaissent également les dernières envolées du pianiste Pierre Solot. Omniprésent sur scène, il offre aux oreilles de tout un chacun un déferlement de notes tantôt mélancoliquestantôt franchement joyeuses, le tout ponctué de quelques solides lampées de Jack Daniel’s. Sans réplique, il est pourtant la voix musicale du héros surdoué auquel son jeu jazzy donne corps : un apport essentiel qui offre à la fois la touche finale et un relief supplémentaire à cet ensemble magistral. 

En publiant Novecento, Alessandro Baricco n’offrait pas un texte à lire mais une partition littéraire à déchiffrer. De l’alliance sonore des mots et du piano découlait une poésie douce et subtile dont on aurait pu craindre qu’elle fasse les frais de la transposition des pages aux planches. Il n’en est rien : grâce à un travail d’adaptation reposant sur la performance scénique et la suggestion, ce spectacle aux nuances lumineuses et musicales transcende la plume de l’écrivain italien, tout en donnant l’occasion au public d’être partie prenante de cette offrande. 

Michel Dupont (Théâtre national, 30/01/13)

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Du 29/01 au 9/02/13 au Théâtre National

De : Anne-Cécile Vandalem 


Mise en scène: Anne-Cécile Vandalem 

Les titres sont parfois trompeurs. N’attendez pas donc de la pièce Michel Dupont qu’elle vous raconte ou mette en scène un personnage dont la banalité de l’identité autorise tous les âges : le protagoniste principal est une fillette. N’espérez pas non plus floraison de planches et de tréteaux où acteurs et actrices essaieraient de démêler les fils d’une intrigue : ils n’existent pas. Des gradins, strapontins et autres numéros de place ? Ils n’ont pas davantage droit de cité : seuls subsistent des coussins mais surtout une impalpable, mystérieuse et oppressante obscurité, parfait cocon pour accueillir la confession sonore d’une héroïne séquestrée

Une fois cette scénographie audacieuse et déstabilisante appréhendée, force est de reconnaitre qu’elle se prête à merveille au sujet qu’Anne-Cécile Vandalem entendait illustrer, à savoir raconter le ressenti des personnes ayant subi un enfermement de longue durée, coupées de tout contact avec l’extérieur. Pour arriver à ses fins, la dramaturge a compulsé les témoignages de victimes afin de comprendre la manière dont celles-ci avaient réagi face à la situation. Une méthodologie classique débouchant sur un résultat réellement surprenant où le spectateur n’est plus le réceptacle indirect d’une expérience qu’il doit s’efforcer d’imaginer sur base des mots : enveloppé de ténèbres, il incarne la prisonnière, ses pensées, ses gestes, sa folie ainsi que ses multiples identités. Il n’y a pas de public, uniquement des individualités dolentes, elles aussi cloitrées, mais sur la scène.

À ce partage de souffrance, s’ajoute pour l’auditoire le besoin de se raccrocher constamment à l’histoire. Loin d’être linéaire, cette dernière se compose de multiples strates qui s’entremêlent et surgissent tour à tour sans coup férir : il y a le vécu de Michel, mais également celui plus contemporain d’Aung San Suu Kyi et celui, plus merveilleux, de cette princesse enfermée par son père en haut d’une tour dont le seul crime a été de trop ressembler à sa mère morte en couches. Trois facettes d’une identique réalité qui autorisent toutes les hallucinations possibles entre la métaphore du cheval assoiffé qui renvoie à la déshydratation de la fillette ou la neige pénétrant dans la cellule de la princesse et l’inondant. Des délires qui, grâce au travail sonore effectué, se délivrent de leur enveloppe verbale pour venir se matérialiser aux oreilles des spectateurs aussi fidèlement qu’ils apparaissent dans l’esprit du (des ?) protagoniste(s ?) principal (aux ?). Le rôle des bruitages ne se cantonne en outre pas au fantastique et met son potentiel au service du quotidien : porte qui grince, chaine qui entrave, télévision qui débite son programme, autant de « petits faits vrais » qui rendent la narration complexe plus crédible et permettent aux narrataires présents dans la salle de s’y focaliser davantage. Et bien qu’abandonnés dans la noirceur, ceux-ci ne sont jamais perdus, les lumières tamisées leur permettant de se localiser que ce soit dans la cave ou la tour. 

Si cette volonté de tout faire percevoir au spectateur jusqu’au moindre détail est sans doute la force de la représentation, il s’agit aussi de sa faiblesse. En effet, elle débouche par moments sur de longues séquences descriptives ou auditives qui n’apportent rien à la trame polyphonique : celle-ci parait ainsi tirer en longueur, une sensation de lenteur accentuée par l’obscurité totale, sa connotation de repos prenant quelquefois le pas sur celle de l’écoute (on ne s’étonnera donc pas que certaines personnes se soient carrément couchées par terre voire assoupies brièvement…).

Au final, Michel Dupont nous rappelle que l’originalité est une arme à double tranchant : elle peut nuire ou émerveiller. Si dans ce cas-ci, la seconde option s’impose naturellement grâce à son sujet habilement traité, sa sonorisation parfaite et sa scénographie immersive, elle rappelle cependant que l’excès de bonne volonté peut parfois tâcher les plus nobles intentions. 

Un petit dîner au Hard Rock Café (de Bruxelles)

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L’annonce de l’ouverture d’un Hard Rock Café à Bruxelles s’apparentait pour une grande majorité des aficionados à la réparation d’une injustice : comment en effet, une enseigne aussi célèbre, pouvait-elle essaimer autour du Plat Pays (à Paris, Londres, Amsterdam, Cologne, Berlin …) sans finalement y créer une succursale ?  Sans doute la marque attendait-elle de trouver l’endroit le plus adéquat possible pour développer ses activités car ce n’est ni plus ni moins qu’à la Grand-Place de la capitale que ses cocktails, burgers et autres t-shirts renommés ont élu domicile !

Si bien qu’à force de passer devant, notre faiblesse assumée pour ces vêtements internationaux bariolés du célèbre logo rouge et jaune, pour la musique qu’ils « représentent »  ainsi que la curiosité naturelle de notre estomac nous ont poussé à aller voir de quoi il en retournait.

Manque de chance ou politique assumée ? Toujours est-il que pour fréquenter pareil endroit, le passage par la case « réservation » (en ligne ou par téléphone) est vivement conseillé pour éviter de devoir attendre qu’une table se libère ou de devoir dénicher un autre lieu pour se restaurer.

Une fois assis au rez-de-chaussée ou aux étages, on ne peut que convenir de l’ambiance typique et de la décoration soignée de l’établissement (se composant entre autres d’une fresque de guitares brisées, de même que d’instruments ou d’objets célèbres ayant appartenus à des artistes aussi fameux que Motley Crüe). L’image de « bar lounge version rock » que l’établissement entend se donner est parfaitement restituée. On sent le concept est rôdé. Parfois même un peu trop.

Car les visées de la chaine Hard Rock restent avant tout commerciales et exploitées à outrance. Cette apologie de la consommation a beau être un fait est connu et reconnu, elle n’empêche pas cependant la (désagréable) surprise de poindre. La distribution d’un flyer vantant les produits de la marque alors que la commande n’est pas encore passée, le menu (pas très clair au demeurant) expliqué en long et en large par un personnel qui n’occulte aucune occasion de mettre en évidence quelque supplément avantageux ou encore la présentation obligatoire des desserts constituent autant de petites agaceries qui pourront rebuter. Dans ces lieux, la frontière entre suggérer et imposer est mince et peut donner lieu à des mesquineries comme un supplément compté de salade alors que cette dernière est présentée comme une alternative comprise dans le prix.

Et l’alimentaire dans tout cela ? Et bien, celui-ci fut à l’image de la musique : très bon ! Certes, ce n’est pas ce qu’il y a de plus abordable (comptez en moyenne une vingtaine d’euros pour un plat et une boisson) mais le rapport qualité/prix honnête, le choix relativement vaste pour contenter tout le monde ainsi que la préparation des ingrédients compensent tous les désagréments évoqués plus haut. Compte tenu de notre visée (à savoir bien manger), c’est bien là l’essentiel.

Et puis, vous en connaissez beaucoup, vous, des endroits où manger jusqu’à plus faim au son de Queens of The Stone Age, Nirvana ou encore Led Zeppelin ? Qui plus est, à un niveau acceptable, ce que les cordes vocales de chacun apprécieront !
 
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