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Deep Purple - Now What ?! (2013)

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Smoke on the water. Indéniablement, c’est l’intro caractéristique de cette chanson légendaire qui résonne aux oreilles de tout un chacun lorsqu’on évoque Deep Purple. Une filiation qui ferait presque oublier que le groupe anglais a avant tout forgé sa réputation sur ses prestations scéniques et ses audaces musicales, avec un catalogue de titres mémorables aussi nombreux que les années d’activité qu’il affiche au compteur. Et si ces derniers temps, l’actualité du Pourpre Profond se résumait à un enchainement sans fin de tournées aux quatre coins du globe et à la sortie de quelques lives, le voilà qui revient aujourd’hui avec du nouveau matériel sonore, réuni sur un CD sobrement intitulé What Now !?

Derrière ce titre polysémique se cachent onze titres (plus un bonus) qui se caractérisent avant tout par leur hétérogénéité. Chaque plage dispose en effet d’une ambiance qui lui est propre : résolument rock (Hell To Pay), jazzy (Body Line), éthérée (All the time in the World) ou encore complètement déjantée avec Vincent Prince, chanson écrite en hommage à un acteur de film d’horreur et dont les sonorités hantées apportent un supplément d’âme à la thématique véhiculée par la mélodie.

Une autre particularité de cette galette est la longueur de son contenu : voulant rompre avec la structure classique du couplet/refrain, Deep Purple s’est attelé à écrire sa musique comme il le faisait jadis, c’est-à-dire à partir de jams improvisées entre ses différents membres. Cette démarche explique pourquoi de nombreux passages instrumentaux viennent émailler l’ensemble de la musique offerte, la plupart s’intégrant parfaitement au sein de leurs titres respectifs, même lorsqu’ils s’accompagnent d’un changement de rythme ou d’atmosphère. Malgré leur adéquation, on regrettera toutefoisqu’ils se résument bien souvent à un duel ou une harmonie entre la guitare et les synthétiseurs, au détriment des autres instruments qui auraient eux aussi eu légitimement droit à leur instant de bravoure. 

Mais le point fort de ce What Now !? est sans conteste le travail titanesque effectué au niveau du son par le producteur Bob Ezrin (à qui on doit notamment le fameux The Wallde Pink Floyd) : loin des productions lisses et uniformes qui sont devenues la norme de nos jours, l’auditeur est confronté à un rendu cristallin où chaque instrument est parfaitement perceptible et peut ainsi s’exprimer sans risquer d’empiéter sur un autre ou de générer une sensation de cacophonie : le titre The Uncommon Man illustre à merveille cet environnement aérien où les accords violonisants de Steve Morse sont rejoints progressivement par les nappes de clavier de Don Airey, la basse de Roger Glover, la frappe lourde d’Ian Paice et puis enfin la voix d’Ian Gillan, le tout dans une montée progressive dont les accents épiques démontrent à eux seuls que le temps qui passe ne signifie pas forcément que la source de la créativité se tarit.

Parfois considérés comme des « papys du rock » ou des « dinosaures », les musiciens de Deep Purple prouvent au monde entier qu’ils ont retrouvé une deuxième jeunesse en lui offrant un disque qui, bien loin de sentir le réchauffé, se révèle être une bouffée d’oxygène, en grande partie grâce à des mélodies diversifiées et une production absolument parfaite où les compositions peuvent exprimer pleinement leur potentiel.

And what now ? serions-nous tenté de demander pour l’avenir proche: la défense de l’album au Lokerse Feesten le 6 août et puis, après une flopée de concerts, pourquoi pas … un nouvel enregistrement ?

The Offspring – Days Go By (2012)

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Réécriture : « reprise d’une œuvre antérieure par une autre qui l’imite, la transforme, s’y réfère explicitement ou implicitement » (Le Dictionnaire du Littéraire)


Comment évoquer The Offspring aujourd’hui ? Faut-il opter pour la sacro-sainte et banale biographie ?  Ou plutôt un souvenir d’adolescent(e) durablement associé à l’un de leurs tubes mémorables ? À moins qu’on ait tout simplement oublié l’existence de ce groupe bien qu’il sillonne régulièrement encore les scènes internationales ? Face à ces interrogations, nous prendrons le parti de traiter le sujet de manière originale, en suivant un dictionnaire. 

Et de nous demander : qu’est-ce que Days Go By ?  Ni plus ni moins que du neuvième album des musiciens d’Huntington Beach (en Californie). Et le titre du single destiné à promouvoir le disque en Europe : un morceau qui parle du temps qui passe,  thématique que la bande du chanteur Dexter Holland a choisi d’exploiter tout au long de l’album, que ce soit au sein des paroles ou des choix artistiques opérés. 


Emblématique de cette tendance, The Future is  Now ouvre l’album de manière ébouriffante, avec ses riffs rapides et son refrain puissant : une piste qui semble confirmer la fougue retrouvée d’un combo que le public a parfois trop vite envoyé dans la fosse des has-been. L’auditeur lambda (celui qui n'aurait écouté ou qui se serait arrêté à Americana, dernier succès international des Californiens) se sentira aux anges.. A contrario de celui plus expérimenté qui, même s’il aura repéré ça et là quelques audaces musicales ressemblant à de l’inspiration, sera sans doute beaucoup plus perplexe. Peut-être parce que la plupart des mélodies présentées sur la galette lui rappellent quelque chose. Comme si la réponse à ce dilemme des jours qui passent, The Offspring n’avait pu la trouver que dans l’exhumation de son glorieux passé (comme le réenregistrement de Dirty Magic sorti sur l’album Ignition de 1992)  et ou dans la reprise des recettes d’autres groupes qu’ils ont ou qui les ont influencés (citons respectivement Rise Against ou les Clash).


Mais si The Future is Now fait penser à Savior du premier, si une chanson comme OC Guns semble être un hommage aux Guns of Brixton du London Calling des seconds, les Californiens ont néanmoins l’honnêteté de reécrire ce matériel ancien et moderne à leur sauce. Un travail qui passe notamment par la conservation du fameux son « Offspring » codifié définitivement il y a une quinzaine d’années et qui réussit l’exploit de transparaitre dans une production définitivement trop lisse pour donner un véritable caractère sonore à l’album. Un comble, lorsque l’on sait que le chanteur se plait à singer cette tendance dans Cruisin’ California, parodie (une des spécialités du groupe) à peine cachée de Katy Perry qui, sans être désagréable, n’a cependant pas clairement le même impact que le célèbre Pretty Fly. Si ce constat peut s’appliquer à d’autres pistes, cela ne signifie cependant pas que la synthèse entre ancien et nouveau opérée par The Offspring accouche de mélodies banales : Hurting as One, dont le refrain reprend les paroles d’une autre chanson (Something to believe in), Turning into you ainsi que Secrets from the Underground ou encore la paire Dividing by zero/ Slim Pickens dont les Belges ont eu droit à la primeur lors du passage du combo à l’AB, sortent du lot et promettent encore quelques beaux mouvements de foule lors de futures représentations en live. 


Que retenir de cet opus au final ? Que The Offspring vieillit sans pour autant être grabataire. Conscient que le temps passe, le groupe tente de surprendre en proposant un album où se cotoie la résurgence inespérée du passé et une tentative – parfois convaincante mais souvent maladroite – de s’insérer dans la vague musicale actuelle en s’inspirant de ce qui est plébiscité en punk (pop ?)-rock. Aujourd’hui  Ainsi, malgré les jours qui passent, les Californiens nous offrent un bon petit album sympathique mais que les choix hasardeux et les influences parfois trop évidentes empêchent d’être une réussite totale. 

Dream Theater - Systematic Chaos (2007)

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Chronique rédigée à l'occasion de la mise en ligne de la partie "Musique" du site Senscritique


Jadis, concevoir qu’un album de Dream Theater soit mauvais relevait à mon sens de l’oxymore ou était une idée étroitement liée au concept d’impossibilité. Non pas que chaque effort antérieur du quintet américain ait touché la perfection, loin s’en faut. Mais là où auparavant, il y avait toujours LA mélodie, LE solo, LES paroles, bref, LE petit quelque chose, à la fois terriblement subjectif et difficilement définissable, qui permettait de dédouaner les productions moyennes du groupe ou de finalement les apprécier à la longue (cf. Awake), force est ici de constater l’absence du moindre frisson de plaisir à l’écoute de ce Systematic Chaos.

Avec un titre qui annonçait un « chaos organisé », on pouvait présager (en tous cas, pour l’auditeur parfois un brin naïf que je suis), moults délires musicaux certes très techniques (après tout, c’est un peu la marque de fabrique de ces musiciens new-yorkais) mais nantis d’un minimum de musicalité. Hélas, trop peu de ce dernier ingrédient dans une galette qui s’avère plutôt être un joyeux bordel (négativement connoté malheureusement). La dégustation s’annonçait compliquée. Et pourtant …

Et pourtant, cela avait plutôt bien commencé par un In the Presence of Ennemies pt. 1 essentiellement instrumental où Myung, Rudess, Portnoy et Petrucci font leur entrée dans une introduction assez bien réussie il faut le dire et qui contient déjà tous les éléments dont on se nourrira à foison en arpentant les pistes suivantes : de la technicité (on l’a déjà mentionné) couplée à un aspect plus brutal, voire « in your face » (notamment lors de la reprise du thème qui précède les premières lignes de chant de Labrie) s’alternant parfois avec des passages plus calmes ou planants. Mais si elle est plaisante, cette mise en bouche me donne néanmoins l’impression de tirer en longueur (près de neuf minutes tout de même !) et d’être très inégale, d’où mon ressenti mitigé sur cette première salve.

On passera rapidement sur un Forsaken qui rappelle dans certains côtés le Bring me to life d’Evanescence. Difficile de dire si cela l’est en bien ou en mal, la question n’est pas là (la reprise d’influences étant une autre caractéristique du quintet, avec des fortunes très diverses selon les albums). Le fait est que – encore une fois à mon humble avis – la structure du single traditionnel (couplet-refrain-couplet) ne convient tout simplement aux virtuoses auxquels nous avons affaire. La chanson n’est pas mauvaise en soi (et elle passe haut la main l’épreuve du live pour l’avoir eu deux fois) mais au niveau d’un groupe comme Dream Theater, elle reste anecdotique dans leur immense discographie, à l’instar d’un I Walk beside you par exemple.

Comme pour me faire mentir, voilà Constant Motion qui déboule. Un de ces titres qui divise, entre ceux qui l’adorent et ceux qui le considèrent comme une mauvaise repompe de Blackened de Metallica (chant compris). Pour ma part, je me range dans la première catégorie et apprécie pleinement cette mélodie bien tranchante comme il faut, avec un superbe riff de basse, un solo de guitare jouissif (tout le contraire de la bouillie sonore du clavier), un break impressionnant et une tournante chant « aigu » de Labrie/ chant « grave » de Portnoy utilisée à bon escient (même si c’est une ficelle qui a été déjà usée jusqu’à la corde sur les opus précédents).

Pas encore rassasié de sonorités métal ? Alors l’ingestion de The Dark Eternal Night pourra plus que probablement vous achever. Morceau lourd (ce son de guitare ! …), alambiqué et à la construction parfois caduque, « TDE » est une sorte de carte de visite concoctée par le quintet pour nous montrer que oui, il sait jouer des trucs très compliqués. Et qu’est-ce qui résulte de cette branlette collective ? Pas grand-chose, si ce n’est que ce titre s’apparente à une grosse part de brownie trop chocolaté : on s’en lèche les babines à l’avance puis on est déjà écoeuré dès la première bouchée. Autant dire que l’expérience tournera court face à ce monolithe de plus de douze minutes mal construites.

Même constat pour Repentance qui propose ici une dizaines de minutes nanties du calme de l’acoustique mais encore une fois trop longues (n’est pas Opeth qui veut …) et ce, même s’il faut reconnaître que la mélodie n’est dépourvue de qualités, notamment grâce au magnifique solo dont nous gratifie Petrucci dans les ultimes instants du morceau ainsi qu’aux différents témoignages des amis de Portnoy pour agrémenter ce segment de sa célèbre AA suite.

Prophets of War constitue une bonne surprise après ces deux énormes mastodontes. Il s’agit, en effet, d’un morceau court, efficace quoique plus orienté « techno » que rock et mâtiné de références à Muse et à Queen (c’est flagrant dans les chœurs). Il semble en tous cas taillé pour une prestation sur scène face à un public (en délire) reprenant les paroles à plein poumons. On retrouve un DT qui déroute, qui divise, peut-être pas de la manière la plus brillante qui soit mais de façon suffisamment convaincante pour qu’on laisse une chance à cette piste pour le moins rythmée.

Nouvelle épaisse part de gâteau progressif avec The Ministry of Lost Souls. Personnellement, ce morceau est pour moi une « tierce » réussite. D’une part, parce que l’intro et la conclusion de cette chanson sont en effet de l’ordre de l’abominable : le commencement en acoustique ainsi que le refrain soutenu par de pauvres distorsions sont sirupeux à souhait et si leur but était de susciter l’émotion chez l’auditeur et de l’imprégner d’une atmosphère, autant dire que le coche est manqué et bien raté. D’autre part, et a contrario de ce qui a été dit juste au-dessus, la section instrumentale complètement barrée fait mouche avec un petit shred de Petrucci qui, sans casser trois pattes à un canard, reste agréable à appréhender.

Cette écoute éprouvante se termine par la deuxième partie d’In The Presence of Ennemies. Soyons clairs et francs : autant la première partie du titre avait quelques mérites, autant cette dernière fait s’écrouler un édifice beaucoup trop imposant pour ses fondations. Encore une fois trop longue, pourvue de lignes de chant plates et d’un refrain du même acabit, la chanson ne décolle jamais vraiment (seule la section des chœurs reste sympathique et encore …) avant d’être définitivement clouée au sol par une succession de solos de clavier et de guitare où la notion de musicalité, qui a fait de brèves apparitions tout au long du disque, se voit définitivement persona non grata. Cet écueil – que l’on retrouve beaucoup chez le groupe et qui a fait, fait et fera encore les beaux jours de ses détracteurs – est d’autant plus dommage que l’idée de couper une longue œuvre musicale en deux était inédite chez Dream Theater et aurait pu accoucher d’un résultat intéressant … Coup dans l’eau !

C’est donc une grosse déception qui découle de cette galette. Trop lourde, trop calibrée, trop automatique et manquant cruellement d’originalité (ou, si vous préférez, usant de l’originalité d’autres musiciens), elle posera une fois de plus le débat du rythme effréné adopté par le groupe depuis les années 2000 et de la carence de créativité qui se fait de plus en plus sentir au fil des productions enregistrées par Dream Theater.

De l'importance de la musique ...

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« Les idées musicales ou sensibles, précisément parce qu’elles sont négativité
ou absence circonscrite, nous ne les possédons pas, elles nous possèdent." (Maurice Merleau-Ponty)

Cette chanson en est la preuve ...




Dream Theater - Metropolis II : Scenes from a memory

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Une fois n’est pas coutume, j’avais envie de vous parler d’un album qui me tient à cœur et qui illustre parfaitement les thèmes du voyage et de la poésie de ce numéro. Il s’agit du concept-album[1] Metropolis Part II du groupe Dream Theater, sorti en 1999. Avant toute chose, il est utile de préciser que ce dernier est le fondateur d’un courant musical appelé « métal progressif ». Celui-ci a comme principale caractéristique de privilégier une approche très technique et complexe des mélodies ainsi que de donner la part belle à l’expression de chacun des musiciens. En résulte de très longues chansons, très difficiles d’accès et souvent ponctuées de solos (moyen d’expression par excellence des artistes, vocaliste compris).
L’histoire de Metropolis II[2] est d’abord celle de Nicholas, un homme comme les autres. Il est marié, a des enfants, une maison, bref, tout semble aller pour le mieux pour lui. Sauf qu’il cache en lui un terrible secret : chaque soir, il rêve d’une jeune fille qui pleure en lui demandant de l’aide. Envahi par la curiosité et le trouble, il décide de percer ce mystère en allant consulter un hypnothérapeute. Nous sommes alors en 1999. Grâce à la méthode dite de la régression, ce dernier va révéler au héros la nature de ses vies antérieures. Nicholas va alors apprendre qu’il est la réincarnation de Julian Baynes, surnommé « The Sleeper » à cause de la malchance incroyable qu’il tire de sa vie dissolue (il est drogué et accro au jeu). Tout le contraire de son frère Edward Baynes dont l’ascension sociale rapide lui a valu le pseudonyme « The Miracle ». Entre les deux, Victoria Page, la femme de Julian et accessoirement la fille des rêves de Nicholas. Cette dernière, lassée des frasques de son mari, va le tromper avec son frère après une violente dispute conjugale. Mais Victoria finit par retourner auprès de Julian. Edward, qui a entretemps conçu une véritable passion pour celle-ci, ne supporte pas ce retournement de situation. Il finit par assassiner le couple avant de se donner lui-même la mort. Nous étions alors en 1928. Ayant découvert la vérité, Nicholas repart le cœur léger. Mais il n’atteindra jamais le seuil de sa maison : l’hypnothérapeute – dont on apprendra qu’il en fait la réincarnation d’Edward- l’y attend et l’assassine à coup de pistolet avant de suicider par le même geste qu’il avait effectué 71 ans plus tôt.
Pour narrer cette histoire complexe, le groupe propose une bande son qui, si elle est bien évidemment nantie des caractéristiques sonores que nous avons évoquées plus haut, se révèle très versatile. Il ne faut, en effet, pas tomber dans ce cliché qui consiste à présenter le métal comme une musique violente et hurlée. Car il n’y a rien de tout cela chez Dream Theater. Ainsi, réduire la mélodie de Metropolis II à la lourdeur du son utilisé et à la présence de double pédale serait occulter ce tour de force qui est celui de faire côtoyer des chansons à dominante blues (Through My Words) avec d’autres d’obédience plus jazz (Through Her Eyes), métal (Beyond This Life) ou soul (The Spirit Carries On), le tout en un ensemble parfaitement uni. Cette fusion de plusieurs genres et la variété d’harmonies et d’ambiances qui en résulte n’est pas anodine : elle sert la volonté du groupe de proposer un voyage uniquement auditif au public, un parcours où ce dernier occupera une place active car il devra tout décoder, décortiquer, déceler de la subtilité de chaque note jouée à chaque mot chanté et ce, afin de comprendre les tenants et les aboutissants du récit mis en musique.
Car les musiciens ne proposent pas une histoire racontée de manière linéaire. De nombreux allers-retours sont effectués entre les séances d’hypnose de 1999 et les évènements tragiques de 1928. Le seul moyen pour l’auditeur de les percevoir (et ainsi de comprendre l’œuvre !) est de tendre l’oreille aux paroles[3], aux différents thèmes et motifs musicaux qui se répètent ainsi qu’aux différents sons ajoutés dans la trame musicale et qui sont autant de balises pour l’auditeur (coups de feu pour l’assassinat, cris d’orgasme féminin[4] pour symboliser l’adultère ou encore extrait de radios annonçant la mort de Kennedy Jr. pour avertir l’auditeur que nous sommes en 1999, …).
Au final, cet album s’avère être une montagne. Complexe, surprenant et fascinant, il invite l’auditeur dans un thriller musical difficile mais haletant. Privé de tous les indices, le récepteur ne pourra se fier qu’à l’instinct de son oreille pour dénouer le mystère qui entoure Nicholas. Un personnage vecteur d’une musique tortueuse et de paroles d’une rare puissance poétique qui constitue à lui tout seul une invitation au voyage.

[1] Le concept-album est un album dont la musique et les paroles sont composées de manière à raconter une histoire (exemples canoniques : Tommy des Whos ou encore The Wall de Pink Floyd)
[2] Metropolis I est le nom d’une chanson qui a servi de base au concept et qui se trouve sur le deuxième album du groupe, Images & Words (1992).
[3] Qui ne sont pas présentes dans le livret qui accompagne le CD. Cette absence renforce le sentiment d’immersion force l’auditeur à essayer de comprendre les paroles ou à défaut d’apprécier leur musicalité.
[4] Je précise à ceux qui me connaissent bien que ce n’est pas à cause de ça que j’adore cet album ^^

European Carnage Tour (23/03, Foret National)

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Au delà des concerts de métal que je commence à idolâtrer maintenant que je peux m'y rendre librement, ce que j'aime dans ce genre d'évènements, c'est la solidarité entre metalheads. Prenons un exemple concret. Le réseau de la STIB. Ou non, soyons plus précis, un tram de la STIB. Dans la motrice qui doit m'emmener à Forêt National, je remarque tout de suite les personnes qui se rendent au même endroit que moi : dénotant face à l'abondance de trainings/casquettes, quelques T-shirts noirs flanqués de grandes lettres rouges (Slayer) ou d'artwork d'albums (Megadeth) : une chose est sûre, il y aura du monde ce soir.
Et lorsque ledit tram tombe en rade en nous lâchant deux arrêts avant celui de la salle, la solidarité de cette étrange communauté se met en marche (c'est le cas de le dire), l'un se dirige instinctivement vers la salle et les autres le suivent dans une longue procession.
Jusqu'à la salle de concert. Le concert d'ailleurs parlons-en.
À l'affiche se trouvent deux monuments du Trash Metal américain, deux membres du fameux Big Four qui fit des ravages milieu des années 80 (jusqu'à nos jours!). À ma droite, Megadeth fondé par l'ex-guitariste solo de Metallica, Dave Mustaine , 11 albums au compteur, autant de changements de line-up mais toujours une pêche démoniaque alors que la plupart de ses membres approchent les 50 ans. Même constat à ma gauche pour Slayer, venu défendre son World Painted Blood et délivrer son métal malsain et explosif à un public conquis. Au vu de ce programme, cela promettait et ... je n'ai été déçu!
Bien placé dans la salle, mes oreilles (bouchonnées il va sans dire) reçoivent en premier lieu la musique du groupe d'ouverture Drums Are for Parades, originaire de Gand et dont les mélodies pêchues arrivent à chauffer une assistance qui se remplit au fur et à mesure. Très bonne musique pour ma part, il faudra que je m'y penche à l'occasion. Seul bémol : le sous-mixage de la voix au profit des instruments. Pas grave en soi, mais c'est toujours un peu frustrant d'à peine percevoir ce qu'un chanteur dit (heu ... hurle pardon) dans son micro.
Après une interruption de vingt minutes, le temps pour DAP de quitter la scène et Megadeth de mettre en place sa logistique, l'intro de Trust résonne dans l'auditoire. Je n'aime pas trop cette chanson mais il faut bien reconnaître qu'elle est très efficace en introduction, puisque sa progression est structurée de telle manière à ce que chacun des musiciens arrive un par un (le dernier étant évidemment Mustaine dont l'apparition déclenche l'hystérie). La suite n'est que du pur bonheur (le son étant à ce moment bien balancé!) la setlist alternant les moments speed (Hangar 18, Head Crusher, Poison was the Cure ... ) et les plus calmes ( A tout le monde), en passant par quelques touches de mid-tempo (Sweating Bullets). Le tout se termine sur un rappel monstrueux qui inclut le jouissif Peace Sells (fondu avec The Mechanix) et l'incroyable Holy Wars (depuis le temps que je rêvais de la voir en live celle-là!).
Les dernières notes s'estompent à peine que le groupe salue la foule et fait quelques lancers de médiators avant de quitter la scène sur une prestation géniale quoique carrée, il faut bien l'avouer. Mes seuls regrets iront au manque de communication du groupe (peut-être dû au format de la tournée) ainsi que de l'absence de la chanson Tornado Of Souls dont j'espérais pouvoir goûter au cultissime solo.
Nouvelle demi-heure d'attente durant laquelle Slayer place son décor (deux aigles suspendus)... Puis roulements de caisse clair et l'intro de World Painted Blood résonne, deux trois vivas plus tard, un véritable raz-de-marée sonore envahit Foret National. Cela va fort, très fort. Trop fort pour moi qui doit sortir à deux reprises pour calmer mes maux d'oreilles (NB : penser à se procurer des bouchons plus puissants la prochaine fois). Ces soucis auditifs mis à part, j'assiste à un très bon concert et prend conscience que tous les superlatifs lus ça et là à propos des prestations du groupe ne sont pas usurpés. Gary Holt, guitariste d'Exodus, est très bien intégré au groupe et constitue une solution intelligente face à la défection de Jeff Hannemann pour morsure d'araignée. Kerry King fait du Kerry : bourrin mais efficace. Lombardo est encore une fois ahurissant de maîtrise à la double pédale tandis que Tom Araya semble remis de ses récents ennuis de santé (il se remet d'ailleurs à crier sur Angel of Death)

Au final donc , une soirée mémorable qui démontre une fois de plus que les vieux groupes de musique, loin de tomber en décrépitude, se bonifient avec l'âge. C'est d'autant plus vrai pour ces deux mastodontes qui accumulent chacun trente ans d'expérience et qui continuent, malgré l'évolution du leur public, à nous distiller leurs riffs rageurs comme autant de bonnes paroles que nous continuons de boire avec délectation.
 
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