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Novecento Pianiste (Riches Claires, 7/02/13)

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Du 1/02 au 16/02 au Centre culturel des Riches-Claires

Avec et par : : Emmanuel de Candido & Pierre Solot. 


Il est des personnes qui se consacrent à la maitrise d’un (ou plusieurs) instruments de musique : ce dernier devient dès lors une partie intégrante de leur existence. Et puis il y a ceux dont la vie tout entière n’est que mélodie, une mélopée s’incarnant dans un médium permettant de donner sens au temps qui passe. Comme par exemple, un piano de 88 touches, accompagné de cet immense terrain qu’est l’océan et le rythme chaloupé d’un navire partagé entre l’Europe et l’Amérique. 

Une illustration qui résume bien la destinée de Dany Boodman T.D. Lemon Novecento dont le commencement se trouve ancré au sein de son nom même : deux premiers termes en hommage au marin qui l’ayant découvert un jour d’escale à Boston et pris sous son aile en envoyant « au cul » toutes les convenances ou les contraintes, des initiales pour garantir une classe que seuls les grands de ce monde pouvaient se permettre ; Lemon pour rappeler le berceau de l’enfant (une boîte en carton peinte de citrons bleus) ; Novecento enfin, trait de génie annonçant les espoirs d’un siècle naissant. 

Derrière ce dernier patronyme se cache un récit où notes endiablées, duel, tempête, ragtime et vitres brisées se mélangent sur fond de traversées transatlantiques. Le titre du roman d’Alessandro Baricco également. Mais surtout un protagoniste dont la voix se résume à un martèlement de touches blanches et noires en symbiose avec les remous des flots marins. Un phénomène qui ne descendra jamais du bateau Virginian où il a élu domicile, contrairement à son meilleur ami de narrateur, trompettiste de son état, qui, entre deux verres de whisky, nous livre son histoire. 

Et Emmanuel de Candido, discrètement arrivé sur scène, de s’animer et parler. Silence total et admiration. 

Tantôt tendre, tantôt virevoltant, celui-ci restitue à merveille les différentes attitudes, caractères et accents des personnages qu’il incarne : cela va de l’américain éraillé du père de Novecento, au bégaiement timide du machiniste en passant par le ton lourd d’autorité de Jelly Roll Morton, l’autoproclamé inventeur du jazz. On mettra aussi en évidence sa volonté de faire participer le public des Riches-Claires à la pièce que ce soit par le biais d’apartés humoristiques en ou endossant son rôle d’animateur grâce auquel il dialogue en anglais, français, italien et néerlandais lors de la présentation de l’Atlantic Band. Cette prestation charismatique est rehaussée par les talents de l’acteur en matière de gestuelle, principalement requise dans la suggestion : agitation des vagues, description de paysages à perte de vue, descente d’escaliers difficile, autant de situations où le mouvement pallie l’absence et où est rendu crédible et concret ce qui n’apparait pas aux yeux des spectateurs. 

C’est que la scénographie parait au premier abord un peu désuète et vide : un piano, une lampe qui se balance au rythme des coups et des vagues ainsi que quelques malles entreposées pêle-mêle. Abondance de biens aurait ici nuit à la visée d’évocation mentionnée plus haut. D’autant plus que cette dernière est parfaitement servie par un jeu de lumière, dont les variations arrivent à susciter les atmosphères exigées par trame voire même à se parer d’une dimension symbolique : la disparition progressive des lueurs au fil lors du monologue final de Novecento constitue sans aucun doute le moment le plus marquant de la représentation. 

Une apothéose où disparaissent également les dernières envolées du pianiste Pierre Solot. Omniprésent sur scène, il offre aux oreilles de tout un chacun un déferlement de notes tantôt mélancoliques, tantôt franchement joyeuses, le tout ponctué de quelques solides lampées de Jack Daniel’s. Sans réplique, il est pourtant la voix musicale du héros surdoué auquel son jeu jazzy donne corps : un apport essentiel qui offre à la fois la touche finale et un relief supplémentaire à cet ensemble magistral. 

En publiant Novecento, Alessandro Baricco n’offrait pas un texte à lire mais une partition littéraire à déchiffrer. De l’alliance sonore des mots et du piano découlait une poésie douce et subtile dont on aurait pu craindre qu’elle fasse les frais de la transposition des pages aux planches. Il n’en est rien : grâce à un travail d’adaptation reposant sur la performance scénique et la suggestion, ce spectacle aux nuances lumineuses et musicales transcende la plume de l’écrivain italien, tout en donnant l’occasion au public d’être partie prenante de cette offrande. 

Michel Dupont (Théâtre national, 30/01/13)

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Du 29/01 au 9/02/13 au Théâtre National

De : Anne-Cécile Vandalem 


Mise en scène: Anne-Cécile Vandalem 

Les titres sont parfois trompeurs. N’attendez pas donc de la pièce Michel Dupont qu’elle vous raconte ou mette en scène un personnage dont la banalité de l’identité autorise tous les âges : le protagoniste principal est une fillette. N’espérez pas non plus floraison de planches et de tréteaux où acteurs et actrices essaieraient de démêler les fils d’une intrigue : ils n’existent pas. Des gradins, strapontins et autres numéros de place ? Ils n’ont pas davantage droit de cité : seuls subsistent des coussins mais surtout une impalpable, mystérieuse et oppressante obscurité, parfait cocon pour accueillir la confession sonore d’une héroïne séquestrée. 

Une fois cette scénographie audacieuse et déstabilisante appréhendée, force est de reconnaitre qu’elle se prête à merveille au sujet qu’Anne-Cécile Vandalem entendait illustrer, à savoir raconter le ressenti des personnes ayant subi un enfermement de longue durée, coupées de tout contact avec l’extérieur. Pour arriver à ses fins, la dramaturge a compulsé les témoignages de victimes afin de comprendre la manière dont celles-ci avaient réagi face à la situation. Une méthodologie classique débouchant sur un résultat réellement surprenant où le spectateur n’est plus le réceptacle indirect d’une expérience qu’il doit s’efforcer d’imaginer sur base des mots : enveloppé de ténèbres, il incarne la prisonnière, ses pensées, ses gestes, sa folie ainsi que ses multiples identités. Il n’y a pas de public, uniquement des individualités dolentes, elles aussi cloitrées, mais sur la scène.

À ce partage de souffrance, s’ajoute pour l’auditoire le besoin de se raccrocher constamment à l’histoire. Loin d’être linéaire, cette dernière se compose de multiples strates qui s’entremêlent et surgissent tour à tour sans coup férir : il y a le vécu de Michel, mais également celui plus contemporain d’Aung San Suu Kyi et celui, plus merveilleux, de cette princesse enfermée par son père en haut d’une tour dont le seul crime a été de trop ressembler à sa mère morte en couches. Trois facettes d’une identique réalité qui autorisent toutes les hallucinations possibles entre la métaphore du cheval assoiffé qui renvoie à la déshydratation de la fillette ou la neige pénétrant dans la cellule de la princesse et l’inondant. Des délires qui, grâce au travail sonore effectué, se délivrent de leur enveloppe verbale pour venir se matérialiser aux oreilles des spectateurs aussi fidèlement qu’ils apparaissent dans l’esprit du (des ?) protagoniste(s ?) principal (aux ?). Le rôle des bruitages ne se cantonne en outre pas au fantastique et met son potentiel au service du quotidien : porte qui grince, chaine qui entrave, télévision qui débite son programme, autant de « petits faits vrais » qui rendent la narration complexe plus crédible et permettent aux narrataires présents dans la salle de s’y focaliser davantage. Et bien qu’abandonnés dans la noirceur, ceux-ci ne sont jamais perdus, les lumières tamisées leur permettant de se localiser que ce soit dans la cave ou la tour. 

Si cette volonté de tout faire percevoir au spectateur jusqu’au moindre détail est sans doute la force de la représentation, il s’agit aussi de sa faiblesse. En effet, elle débouche par moments sur de longues séquences descriptives ou auditives qui n’apportent rien à la trame polyphonique : celle-ci parait ainsi tirer en longueur, une sensation de lenteur accentuée par l’obscurité totale, sa connotation de repos prenant quelquefois le pas sur celle de l’écoute (on ne s’étonnera donc pas que certaines personnes se soient carrément couchées par terre voire assoupies brièvement…).

Au final, Michel Dupont nous rappelle que l’originalité est une arme à double tranchant : elle peut nuire ou émerveiller. Si dans ce cas-ci, la seconde option s’impose naturellement grâce à son sujet habilement traité, sa sonorisation parfaite et sa scénographie immersive, elle rappelle cependant que l’excès de bonne volonté peut parfois tâcher les plus nobles intentions. 

Les Misérables (Théâtre Royal du Parc, 3/10)

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Du 20/09 au 20/10 au Théâtre Royal du Parc, rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles
 De: Victor Hugo
Avec : Olivier Massart, Benoît Verhaert, Stéphane Fenocchi, Perrine Delers, Tessa Dujardin,   Sarah Delforge, Violette Pallaro,  AntojO, Fabien Magry …
Mise en scène : Thierry Debroux


Dans le petit monde des lettres, les anniversaires d’œuvres célèbres sont souvent prétextes à une abondante production d’hommages : littérature critique, nouvelles éditions de texte avec une couverture spécialement élaborée pour l’occasion, adaptations diverses et variées : toutes les formes disponibles semblent adéquates  pour rappeler au public l’importance du texte commémoré. À l’aube de souffler leur 150è bougie, les Misérables ne paraissent pas déroger à cette règle  puisqu’Hollywood s’est à nouveau emparé  de leur histoire pour en faire un (énième) long-métrage auquel on espère une heureuse réception. Et puis, il y a cette version dramatique proposée par le Théâtre Royal du Parc en guise d’ouverture de sa saison.

Il suffit parfois d’un rien pour éprouver l’envie subite de goûter au spectacle sur tréteaux. De la curiosité par exemple : est-il réellement possible de transposer en répliques et en didascalies un récit dont le volume est presqu’aussi proverbial que celui de La Recherche du Temps Perdu d’un certain Marcel P.? Un tel exercice ne s’avère pas en effet exempt de tout risque, d’autant plus que le piège de la dénaturalisation guette à chaque coupe opérée au sein de l’intrigue. Et la sagesse littéraire d’enfoncer le clou en proclamant son célèbre anathème : « traduire, c’est trahir ».Et nous de nous demander : cette traduction théâtrale du chef d’œuvre hugolien mérite-t-elle les baisers de Judas ou les vivas de la foule ?

Deux heures vingt et quatre rappels plus tard, nous avons la réponse à notre question et un seul mot en bouche pour qualifier cette représentation : magistrale.    
    
Magistrale aussi bien par le décor et que la machinerie. Alors qu’on aurait pu craindre une mise en scène aussi classique que le roman duquel la pièce est tirée, le public se trouve confronté dès le lever du rideau à une structure à étages qui étonne. Aux nombre de trois, ces derniers-traversés par un escalier qui les relie - comportent chacun trois pièces ainsi que des fenêtres de toile susceptibles d’être ouvertes à tout moment. Surprenante, cette structure quasi-alvéolaire ne cesse de démontrer sa polyvalence  tout au long de la pièce : café, atelier, bordel, tribunal, hôpital sont quelques-uns des multiples lieux qu’elle matérialise avec une crédibilité sans pareil.  L’illusion des réels dés lors opère et est même magnifiée par quelques « effets spéciaux » impressionnants comme la table sur rails, la neige qui tombe du haut de la scène pour symboliser l’hiver ou encore l’eau qui s’éclabousse au rythme de la progression pénible de Jean Valjean dans les égouts. Enfin, la présence d’un écran situé au-dessus des acteurs joue également un rôle capital puisqu’il permet à travers les images projetées de susciter un paysage, une atmosphère ou mettre en exergue les émotions ressenties par un personnage.    

Magistrale car portée par des acteurs qui incarnent avec brio leurs rôles : mais si tous sont excellents, trois sortent cependant du lot : Olivier Massart personnifie en chair et en os ce protagoniste tout en nuances qu’est Jean Valjean, le rendant encore plus humain et émouvant que son homologue de papier. Stéphane Fenocchi  joue un Thénardier assoiffé d’argent dont le langage très fleuri ainsi que les combines ridicules apportent au spectacle un souffle comique bienvenu au vu de la thématique pessimiste de celui-ci. Quant au rôle de Javert, il est incarné par un Benoît Verhaert  d’une rigidité et d’un charisme naturel qui confèrent à l’inspecteur aux gants verts la terreur nécessaire pour impressionner durablement l’assistance.

Magistrale dans le travail de réécriture opéré par le metteur en scène Thierry Debroux. Car si la tâche était ardue, le défi a été magnifiquement relevé : la trame est limpide et parfaitement calibrée dans le temps. De plus, aucune des scènes essentielles du texte originel ne manque à l’appel et les différentes ellipses qui ponctuent ces dernières s’enchaînent en douceur : l’intrigue ne connait ainsi aucune transition brusque, que du contraire, elle se révèle d’une fluidité parfaite qui font passer les deux heures vingt de performance comme une lettre à la poste. On saluera également l’esthétique audacieuse de la pièce qui multiplie les anachronismes sans que ceux-ci paraissent anormaux au spectateur: on ne s’étonne jamais que l’on parle de téléphone, qu’un figurant hurle en regardant un match de foot à la télévision ou qu’une machine à laver serve de composante à la barricade la rue alors que l’action se déroule au XIXè siècle. Tout s’intègre parfaitement, une harmonie qui donne à la pièce un aspect moderne qui l’empêche de tomber dans l’écueil du classicisme évoqué plus haut et aide le public à mieux apprécier l’histoire grâce à la présence de référents qu’il connaît.

Au final, si l’habit ne fait pas le moine, il est certain dans ce cas-ci que le titre ne fait pas la pièce. Portée par une mise en scène originale et des acteurs inoubliables, celle-ci condense au sein de sa trame tous les ingrédients qui ont permis au texte de passer à la postérité et de devenir un classique du genre. En outre, elle constitue, grâce à son esthétique moderne, une porte d’entrée intéressante vers le texte et un moyen concret de lutter contre cette tendance qui veut que tout le monde sache ce que sont Les Misérables, sans jamais l’avoir lu, à l’instar … des œuvres d’un certain Marcel.  

The Human Show ( Chronique)

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(Critique de la pièce du CROM 2010 rédigée pour une Escume avortée)

Aujourd’hui : c’est la pièce du CROM ! Alors que vous prenez place dans la salle et que les acteurs commencent à peine à jouer sur les planches , vous ne vous doutez pas de ce qui arrive. Vous n’êtes pas de simples spectateurs. Vous y ressemblez , mais vous n’en êtes pas. Non, vous êtes plus que cela . Plus que cette comtesse insupportable , cette sportive bêtifiante ou cet intellectuel prétentieux. Vous vivez la pièce. Vous êtes la pièce. Pour résumer , « The Human Show » est une pièce dont VOUS êtes le héros. (Pour commencer la partie, lancez un dé à 3 chiffres et suivez votre parcours !)
1.
Enthousiaste , vous aviez réservé votre place bien à l’avance, de peur que l’incorporation du spectacle dans un festival ne vous empêche d’obtenir un précieux sésame . De plus , votre carte de membre du cercle auquel vous êtes affilié depuis votre entrée à l’ULB vous offre une boisson gratuite en plus du prix attractif ! Muni de vos cartons rouges et bleus , la soirée s’annonce sous les meilleures auspices … (Réjouissez-vous en 6)
2.
Vous êtes un adorateur de théâtre et vous avez pour habitude d’assister à toutes les représentations du TOB. Vous vous doutez que la pièce ne pourra pas être meilleure que celle d’hier… Mais certainement moins pire que le spectacle d’il y a quelques jours. Vous n’avez pas de ticket boisson gratuit mais vous vous en fichez (en bleu ou en rouge , c’est selon) : vous vous abreuverez de la substantifique moelle du spectacle et c’est votre joie. (Eclatez-vous en 5)
3.
Vous ne saviez pas que la pièce du CROM était aujourd’hui. Vous ne vous doutiez pas un seul instant qu’elle serait cachée dans l’obscurité de cette affiche jaune canari fluo , extrêmement moche selon vous. C’est Machinchouette qui vous a obligé à y aller. Vous craigniez le pire. La dernière fois qu’elle vous a proposé quelque chose à faire ensemble (la cursive en l’occurrence), cela s’est mal terminé. Très mal terminé. Rassurez-vous cependant , si vous n’aimez pas la pièce, il n’y a aucun bic rouge qui vous sanctionnera.(mais bien le carton rouge que vous avez fourré dans votre poche , à moins que le bleu …) (Soufflez en 4)
4.
Début du spectacle. La salle est classe , ça , il n’a rien à dire dessus. Jolie scène aussi avec quatre chaises et des personnes assises dessus. Machinchouette reconnaît un de ses comparses d’auditoire et meurt d’envie de crier son nom suivi d’un majestueux « à poil ! ». Vous parvenez péniblement à lui faire entendre raison : on est dans un théâtre tout de même ! . Les lumières s’éteignent et le spectacle commence. La speakerine stupide vous fait furieusement penser à cette même Machinchouette. Mais bon vous n’osez pas lui dire parce l’Hernanisme , ce n’est pas votre truc. Et puis , voici la première scène. (Allez en 9)
5.
Début du spectacle. Vous trouvez la salle moyenne , vous avez déjà franchement vu mieux. Les fauteuils sont un peu raides et la scène de départ n’a pas l’air très folichonne. Tout cela respire l’amateurisme estudiantin et cela vous chagrine un peu. Mais bon, ils ont déjà du mal à réussir leurs cursives , on va pas trop leur en demander ! Obscurité. Les acteurs s’ébrouent et vous vous surprenez à rire : l’auteur pédant vous rappelle votre attitude adolescente, le mimétisme est parfait au point que vous vous demandez si ce n’est pas voulu. Le premier tableau arrive. Tout va bien. Vous souriez. (Pourvu que çela continue en 7)
6.
La salle est d’une beauté EX-CE-PTION-NELLE ! Mieux que l’Eldorado de l’UGC ! Les sièges sont moelleux ! Les acteurs sont déjà sur scène ! Vous reconnaissez quelques visages connus sur scène et vous balancez leur nom ! Oui ! Vous osez , vous ! Pas comme la gourgandine qui réprime son amie ! C’est du théâtre ! Il faut s’exprimer ! Etre fier comme cette comtesse qui vous fait beaucoup rire ! La première scène arrive. Elle porte sur les roux. Allez-vous aimer ? (Surement en 8)
7.
Cette première scène vous a fait rire mais pas trop. Elle vous a juste fait remémorer la figure de ce pauvre Marcel, ce roux cancre de classe, que vous terrorisiez avec votre bande de copains. Enfin, il vous amusait jusqu’à ce qu’il vous pique votre ex de l’époque. Ce mauvais souvenir vous empêche de profiter pleinement de cette fronde anti-rousse. Vous attendez beaucoup du second tableau. (Espérez en 11)
8.
C’est vrai les roux puent ! Les roux sont méchants ! Il faut les repérer, les renifler , les pourchasser et les parquer , ces Goupils, pour les empêcher de nuire ! Echauffé comme jamais , vous ne remarquez même pas l’entracte et encore moins le début du deuxième tableau.(Reprenez vos esprits en 12)
9.
Vous remerciez chaleureusement Olivier Daschkin par la pensée pour cette merveilleuse coloration couvrante qui cache votre naturel roux. Heureusement que Machinchouette ne connaît pas votre terrible secret génétique sinon vous en aurez pris cher, au vu des rires gras que la scène et les répliques provoquent chez elle. Vous vous consolerez en vous disant que de toute manière le monde virtuel est à la botte d’un roux, via Facebook. (Vengez-vous en 10)
10.
La deuxième scène vous enchante nettement plus. Machinchouette moins, elle vous dit que c’est une caricature de son quartier, toute cette stigmatisation des Arabes. Vous essayez de distinguer à quelle cuvée appartient la bouteille que s’enfile l’acteur et qui lui donne cette pêche d’enfer : cela doit être le secret de votre professeur (oui , celui qui donne les cursives). En tous cas , cela expliquerait sa forme éclatante à huit heures du matin alors que vous essayez péniblement de vous réveiller. (Conjecturez en 16)
11
Vous sortez et regardez d’un œil glauque vos clés de voiture. Clio Troisième Génération , 2.0 Turbodiesel , full option , gris métallisée. Au fur et à mesure du deuxième acte, vous blêmissez et griffonnez à la hâte sur un Post-It un petit rappel pour un rendez-vous chez votre concessionnaire. Vous priez intensément pour que votre véhicule ait encore une bonne cote à l’Argus. Et que votre moteur n’éclate pas comme ce pétard avant la revente. (Effrayez-vous en 14)
12.
Vous avez sursauté lors des deux coups de feu. Vous avez vibré à chaque réplique du couple , vous avez tremblé à chacun de ses frémissements. Vous vivez chacune des péripéties avec enthousiasme. Ce n’est pas bon pour votre tachycardie et vous risquez de vous faire réprimander par votre cardio. Mais vous n’en avez cure : quand on aime , on ne souffre pas ! (Reprenez-vous en 15)
13.
N’existe pas pour ne pas porter la poisse aux acteurs et au public.
14.
C’est le moment de voter et l’indécision vous taraude. Vous regrettez qu’il n’y ait pas de carton orange pour marquer le centrisme de votre opinion, le nom du couple gagnant vous importe peu , vous vous apprêtez déjà à partir . ( Et ce n’est pas fini , cfr. 19)
15.
Vous avez brandi le carton bleu et le public a suivi votre avis ! Quelle joie ! Vous vous délectez de la tragique scène finale avec tout de même un léger pincement au cœur (non consécutif à vos émotions de 12 rassurez-vous !) : c’est la fin. (Justifiez vos moyens en 18)
16.
Machinchouette a voté rouge. Vous bleu. Et Machinchouette a gagné, comme toujours (Foutredieu !). Fair-Play , vous acceptez la défaite et la fin qui vous est proposée. De toute façon, vous reviendrez demain parce que vous mourrez d’envie de contempler la victoire de votre couple favori. (One more time en 17 !)
17
Á peine sorti , vous avez déjà commandé vos places pour les deux prochaines représentations. Maintenant que faire en attendant ces heureux évènements ? Votre esprit s’abîme dans le coca que vous sirotez , cherchant vainement une réponse.
18.
Vous sortez de la salle , ravi de l’ensemble de la prestation et vous prenez le temps de discuter avec les différents acteurs pour connaître les dessous de l’intrigue. Vous ne manquez bien sûr pas de consommer votre ticket boisson gracieusement offert. Puis vous vous en retournez , les étoiles pleins les yeux , en attendant avec impatience l’année prochaine.
19.
Vous sortez de la salle avec un goût mitigé dans la bouche : vous avez aimé certaines scènes , d’autres moins. Vous êtes surtout inquiet pour votre véhicule dont on a fait l’oraison funèbre durant la soirée. Ne vous inquiétez pas , la Police vous a mis un petit billet sous votre essuie-glace pour vous la rappeler. En même temps, ce n’était pas malin de vous garer sur une place pour handicapés. La peur du retard ne justifie pas tout.
(Les bons numéros de l'auteur : 3-4-7-12-15-18)
 
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